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Corrompre

By SaintPixel

La corruption n'est pas un dysfonctionnement. C'est une méthode. Sur l'introduction d'une grammaire étrangère dans les systèmes génératifs, et ce que l'output devient sous pression.

Corrupt

Un modèle génératif ne produit pas ce qu'on lui demande. Il produit ce qu'il a vu le plus souvent, légèrement déplacé dans la direction qu'on lui indique. Sa tendance naturelle est le retour. Vers la moyenne, vers l'archétype, vers la représentation la plus consensuelle de ce qu'on lui soumet. Le corps humain, en particulier, revient toujours vers les mêmes équilibres : la proportion normée, la tension esthétisante, l'édulcoration.

Corriger ça ne suffit pas. La correction suppose qu'on ajuste quelque chose qui existe déjà dans le système. Ce que je cherche à faire est différent : introduire quelque chose qui n'y est pas.

Mon corpus source, ce sont des études acryliques du corps, développées depuis 1996. Une grammaire construite hors des flux, avant les flux, qui ne doit rien aux données d'entraînement sinon par filiation lointaine et non directe. Le modèle ne l'a pas vue. Il ne peut pas la reconnaître pour ce qu'elle est. Quand je l'y introduis comme référentiel, il résiste : il en produit une version appauvrie, ou abandonne et revient vers ce qu'il maîtrise, vers ses réflexes les mieux établis autour de la représentation du corps.

Le modèle ne peut pas entièrement l'absorber.
► C'est ce point de résistance qui m'intéresse.

Pas ce que le modèle accepte de ma grammaire. Ce qu'il ne peut pas digérer. Ce qui reste étranger dans l'output, ce qui ne s'est pas dissous dans la moyenne, ce qui force le système vers une zone qu'il n'aurait pas atteinte seul. L'output corrompu n'est ni mon archive reproduite, ni la production habituelle du modèle. C'est un troisième état, instable, produit par la friction entre les deux.

La corruption n'est pas un dysfonctionnement.
► C'est une méthode.

Elle suppose de traiter l'espace latent non pas comme un réservoir de formes à piocher, mais comme un ensemble de territoires de représentation : zones de densité variable, lieux où s'accumulent les habitudes visuelles collectives, les archétypes, les réflexes de reconnaissance. Certains de ces territoires sont saturés, bien gardés, difficiles à faire dériver. D'autres sont plus poreux. La question n'est pas de les habiter mais de les rendre interrogeables, d'y appliquer une pression suffisante pour que quelque chose cède.

Ce que je mets dans le modèle ne le change pas.
► Ce qu'il produit sous cette pression, si.