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Topographie

By SaintPixel

Une réflexion sur la manière dont les modèles génératifs héritent de régimes visuels dominants, et sur la façon dont le dessin peut devenir une carte cachée pour chercher d'autres corps possibles dans le modèle.

Topography

Les modèles génératifs ont appris à représenter le corps à partir de corpus massifs d'images.

Ces images n'étaient pas neutres. Elles portaient un régime visuel daté, imposé en quelques décennies par la photographie de mode, la publicité, le numérique et la retouche généralisée. Un régime du lisse, du sans-accident, du corps corrigé.

C'est ce régime que les modèles restituent souvent par défaut lorsqu'on les sollicite avec les mots qui activent leurs réponses les plus probables.

Mais ces modèles ne se réduisent pas à ce qu'ils produisent spontanément. Ils contiennent aussi d'autres directions possibles, d'autres configurations, que les usages ordinaires ne déclenchent presque jamais. Elles ne sont pas des images cachées quelque part, prêtes à être trouvées. Ce sont plutôt des zones de possibilité, latentes, que rien ne fait apparaître tant qu'aucun geste ne vient les appeler.

Mon travail tient dans ce geste.

Entrer dans le modèle

Je ne cherche pas dans le modèle au hasard. Je n'y vais pas avec une simple idée formelle de ce qui pourrait être intéressant. J'y entre avec une cartographie construite ailleurs, avant le modèle, dans la pratique du dessin et de la peinture.

Quand je peignais, je n'étais pas un sujet unique devant une surface. J'étais traversé par plusieurs corps en négociation : le corps qui fait, confronté au geste, au poids de la main, à la résistance du matériau ; le corps qui sent, guidé par l'intuition, l'émotion, la perception immédiate ; et le corps qui raisonne, qui compose, mesure, corrige, organise selon des règles.

Le tableau était l'espace où ces corps devaient cohabiter, se contredire, se résoudre, sans qu'aucun ne l'emporte totalement.

Des corps non encore nommés

Derrière cette négociation, il y avait une quête. Je cherchais dans ces corps en tension la trace de quelque chose qui n'était pas leur simple addition. Une dimension qui les inclurait et les dépasserait. Des corps non encore nommés. Une vérité corporelle plus haute que celle produite séparément par le geste, l'émotion ou la pensée.

Cette quête n'a pas changé d'objet en changeant d'outil.

Mes anciennes peintures et mes dessins me servent aujourd'hui de cartes. Ils m'aident à chercher, dans le modèle, des configurations qui prolongent la même logique. Non pas des corps représentés, mais des corps en train de se résoudre vers quelque chose qui les dépasse.

Je ne modifie pas le modèle que j'utilise. Son paysage reste ce qu'il est. Mais je peux le forcer à manifester une zone de possibilités qu'il ne montrerait pas sans cette recherche.

Transmission

Ce que je manifeste seul ne suffit pas. Une forme ne déplace rien si elle n'est pas reprise, regardée, transmise, corrigée. L'intelligence humaine n'est jamais strictement individuelle. Elle se construit par couches, par reprises, par circulation.

Les images que je sors du modèle entrent dans ce tissu, ou n'y entrent pas. Si elles y entrent, elles peuvent contribuer à déplacer ce que les modèles suivants apprendront à voir.

Le régime de représentation n'est pas éternel. Il a été produit. Il peut être déplacé.

La carte cachée

Et c'est par un dessin que j'entre dans le modèle.

Le dessin n'est pas le contenu de l'image. Il reste dans l'atelier, comme une carte que l'on ne montre pas. Il m'aide à chercher, à tâtons, des configurations que je devine sans encore savoir les nommer.

Je ne suis pas sûr de toujours les atteindre.

Je sais seulement que sans lui, je ne saurais même pas où regarder.