Manifeste
Mon travail utilise les outils génératifs pour troubler les représentations normalisées de l’humain, en les poussant vers des zones d’instabilité où l’image cesse d’être un signal et recommence à demander de l’attention.

J’utilise les outils génératifs pour travailler les représentations de l’humain.
Ces systèmes n’inventent pas des images. Ils condensent d’immenses quantités de culture visuelle produite par les humains, en renforçant certains motifs dominants tout en en marginalisant d’autres. Ce qu’ils produisent n’est pas neutre, mais une moyenne statistique façonnée par ce qui a été le plus visible, le plus répété, le plus standardisé.
Laissée à elle-même, cette production tend vers une forme de stérilité, non à cause de la machine en tant que telle, mais à cause de l’accumulation de représentations optimisées qu’elle transporte, héritées de décennies d’images de masse et de normalisation visuelle.
Les systèmes génératifs tendent à circuler autour de régions stabilisées de l’espace visuel, là où les formes restent lisibles, efficaces et culturellement validées. La différence y existe, mais le plus souvent contenue. Les images fonctionnent sans accroc, déclenchant des réponses familières. La perception glisse facilement vers le réflexe.
Mon travail s’inscrit dans ce champ inégal. À partir de mes propres dessins et études du corps, j’interviens pour déplacer et éroder les couches les plus normalisées. En poussant le système hors de ses centres statistiques, j’explore des configurations où la lisibilité s’affaiblit et où l’optimisation commence à échouer.
L’humain n’est pas absent des régions normalisées. Il y est déjà présent. Ce qui change, dans ces zones instables, ce n’est pas sa présence, mais le mode de perception qu’il engage. Lorsque la reconnaissance ne se résout plus automatiquement, l’attention devient nécessaire.
Dans ces moments, quelque chose d’essentiel peut apparaître, non pas une essence cachée, mais une capacité humaine latente à regarder, imaginer et produire du sens sans réponse prédéfinie. Lorsque l’esprit n’est plus saturé de significations toutes faites, la perception redevient active.
Je ne m’intéresse ni au style, ni au spectacle de la technologie. Ce qui compte, c’est cette perte d’appui, cette suspension où les images cessent de fonctionner comme des signaux et commencent à exiger une présence.
Le rôle de l’art n’est pas d’inventer de la nouveauté, mais d’étendre ce qui peut encore être vu, imaginé et pensé.